Existe-t-il encore des Traceurs dans le Parkour ?
- Aurélien Soulimant

- 6 mars
- 4 min de lecture
Le Parkour est né dans les années 1990 en banlieue parisienne. C’est une discipline sportive, un art, une philosophie qui est encore jeune et en constante évolution.
On appelle les pratiquants du Parkour des “Traceurs”. À travers ces quelques lignes, je vais essayer de vous expliquer pourquoi je pense qu’il y a aujourd’hui de plus en plus de pratiquants de Parkour, mais paradoxalement, de moins en moins de Traceurs.
Si l’on reprend la définition Larousse du mot “traceur” :
Qui laisse une trace, une traînée.
Le Traceur est donc celui qui trace une ligne, un chemin, une voie. Il devient alors un pionnier, un explorateur. Et c’est dans cet esprit qu’est né cet art du déplacement.
On peut imaginer qu’à l’époque, les Yamakasi — ces jeunes des banlieues entourés de tours et de béton — portaient aussi le poids d’une image dégradée de leur situation sociale. Peut-être avaient-ils besoin de s’échapper, de s’évader, d’aller voir au-delà de ce qu’on leur proposait comme horizon de vie, de tracer de nouvelles voies, de nouveaux chemins.

C’est un acte d’émancipation. Une manière de reprendre sa vie en main et de regarder la ville autrement : non plus comme quelque chose qui écrase ou ralentit, mais comme un environnement qui renforce, qui forge le corps et l’esprit pour aller plus loin et transformer sa réalité.
C’est un hymne à la liberté.
Le Parkour n’est alors plus un simple sport, mais une voie initiatique, une quête philosophique à travers le mouvement.

Dans les reportages sur les fondateurs et les premières générations de pratiquants, on sent qu’il y a autre chose que le mouvement. Quelque chose de plus profond que la simple performance physique. C’est d’ailleurs aussi ce qui m’a attiré dans cette discipline : la philosophie, le message qui se cache derrière le saut.
Lien d'un reportage de David Belle sur le Parkour : urlr.me/phQbdf
Le Traceur est un explorateur. Il cherche au-delà de ce qui existe déjà, il redéfinit les possibilités. Le Parkour nous amène une nouvelle vision du monde et de notre environnement. On se réapproprie l’espace. La ville devient alors un terrain de jeu, d’entraînement, de défis et de dépassement de soi.
Le Parkour transforme le pratiquant aussi bien physiquement que mentalement et spirituellement. Il amène le Traceur à se poser des questions sur la vie, sur sa pratique, sur le monde, sur son environnement et sur le pourquoi des choses. La force et le courage développés à travers le corps redéfinissent aussi les lignes de l’esprit. On peut alors se défaire de nombreux blocages mentaux qui ne sont, au final, que des obstacles intérieurs.
Un Traceur est donc celui qui s’engage pleinement dans sa pratique, corps et âme. Celui qui réfléchit au sens de ce qu’il fait, qui trace son propre chemin — qu’il soit intérieur ou extérieur — au-delà des peurs, des croyances limitantes et du regard des autres. C’est une quête initiatique qui nous mène vers notre être profond et vers la vérité.

Mais aujourd’hui, le Parkour s’est largement démocratisé. On voit apparaître des salles spécialisées, des compétitions, des vidéos toujours plus impressionnantes sur les réseaux sociaux. La discipline gagne en visibilité et de plus en plus de personnes s’y intéressent.
Ce développement est une bonne chose en soi. Il permet à la pratique de se diffuser et de toucher davantage de monde.
Mais aujourd’hui, beaucoup pratiquent le Parkour comme un sport parmi d’autres : pour sauter plus loin, plus haut, aller plus vite, faire des figures toujours plus spectaculaires. Le mouvement devient une performance, une démonstration.

Les entraînements et les mouvements sont calculés, mesurés, décomposés. On bouge dans des salles climatisées l’été et chauffées l’hiver, coupé de l’environnement extérieur, des éléments, de la liberté originelle du Parkour et de cette quête d’exploration du monde, du corps et de l’esprit.

Les trois quarts des pratiquants d’aujourd’hui ne bougent plus dehors. Le Parkour devient alors un sport comme un autre, codé et réglementé, et l’esprit se perd peu à peu.
Daniel Ilabaca le disait déjà en 2009 dans la vidéo Choose Not to Fall :
« Le parkour est un outil qui peut faire tellement de bien… mais les gens doivent en prendre conscience avant qu’il ne soit trop tard, avant que le parkour ne devienne complètement physique, qu’il ne devienne simplement de la compétition… ou une question d’argent, et que le message se perde. »
Je vous mets le lien de la vidéo ici : urlr.me/EwFR5H
C’est à partir de ce constat que je pense qu’aujourd’hui il y a de plus en plus de pratiquants du sport parkour, mais de moins en moins de véritables Traceurs.
Cet article a pour objectif de montrer qu’une autre voie est possible. Qu’il existe quelque chose de puissant au-delà du saut et de la simple performance physique.
Le Parkour peut être un véritable outil de libération de nos corps et de nos esprits. Une voie vers plus de courage, de responsabilité, de sensibilité, d’autonomie, de liberté et d’amour.
Pour notre bien… et celui de tous.
Prenez soin de vous et remettez toujours en question ce que l'on vous dit et ce que vous lisez !
Aurélien Soulimant


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